Regard sur le Mouvement des Sans Toit, São Paulo, Brésil.



2006
 Desorme Gaelle

« Qui ne lutte pas, est mort !!!  » le documentaire commence sur le slogan phare du Mouvement des Sans Toit (MST) de São Paulo. Les luttes sont universelles et celle du droit au logement est particulièrement dynamique en ce moment. Le manque de logement est de plus en plus grave au Brésil, le mouvement accuse la mairie de São Paulo de vouloir éloigner les pauvres et les Sans-toit du centre-ville. Pourquoi les populations les plus pauvres seraient automatiquement condamnées àvivre en périphérie, làoù les services n’existent pas de manière général. Le Mouvement des Sans Toit veut réinvestir le centre-ville.

« Le droit àun domicile doit devenir un élément de base de la citoyenneté  ».

Comment agit le MST ? par l’occupation de bâtiments qui n’ont pas été mis àdisposition d’un usage social afin de les attribuer àdes personnes sans domicile et àla recherche d’un toit. Comment est-ce possible que 800 000 logements soit vides àSão Paulo alors que des milliers de familles vivent dans la rue, des taudis ou bien « s’ils ont de la chance  » dans des bidonvilles.

Pourquoi cette lutte ? Parce que « Quand tu n’as pas d’adresse, tu n’existes pas  ». Au-delàd’avoir un toit, c’est une reconnaissance en tant que citoyens qu’ils recherchent. Ca me rappelle un moment fort du documentaire où l’on voit une jeune femme, criant en pleurant aux policiers : « je suis pas une criminelle, je suis une citoyenne et je veux une maison  ».

Le mouvement est organisé par des coordinateurs qui sont élus sur chaque implantation d’occupation. Ils organisent les comités de nettoyage, les activités pour les enfants, les surveillances nocturnes et les équipes de construction et de réparation. Le documentaire dresse justement le portrait de quatre coordinatrices. C’est un hommage aux femmes. L’ « armée de citoyens  » comme se surnomme le mouvement, est composée à70% de femmes.

Le témoignage de ces quatre femmes est poignant. Elles sont parties de rien et sont àla tête d’un mouvement de milliers de personnes. Elles parlent de leur enfance qui rime bizarrement avec souffrance. Elles ne parlent pas de vie mais de « survie  », de leur travail dans les champs, de la faim, du fait de dormir dans la rue... Finalement, leur combat n’a pas commencé quand elles ont intégré le mouvement mais dès leur naissance. Elles ont eues des enfants très jeunes, deux sont divorcées, une est remariée et une autre est célibataire. Elles sont incroyablement fortes. Elles vivent le mouvement comme le dit une des coordinatrices « Ce n’est pas un rêve individuel mais collectif. Ces familles c’est mon rêve. Je me battrai jusqu’àce que tout le monde ait un toit.  »

J’ai des frissons quand je vois ces gens qui n’ont rien se battre avec une telle fougue, dans l’espoir un jour d’avoir un logement. Les désirs sont simples, une des jeunes coordinatrices rêve d’une chaîne hi-fi et d’une armoire. A ce moment là, je pense ne pas me tromper, la majorité des gens de la salle de projection ont du se sentir mal àl’aise face àl’abondance de choses que nous possédons.

A la fin de la séance, je réfléchis. Je pense àmon futur engagement, àma mission. Le contexte des bidonvilles àMadrid sera sans doute différent de celle de São Paulo. Je suis contente d’avoir vu ce film car il m’a poussé àm’interroger sur moi-même. Il m’a bousculé, mis en face de la réalité.

Parce que l’espoir fait vivre, je finirai comme le documentaire, en disant que durant les trois dernières années d’occupation àSão Paulo, 1000 familles ont été relogées dans le centre-ville.